Le Musée du Caire




 La génèse

Lorsque Champollion, au cours de son unique voyage en Égypte de 1828 à 1830, réalisa que de monuments entiers, décrits quelques trente ans plus tôt à la suite l'expédition de Bonaparte dans "La description de l'Égypte", il ne restait que quelques blocs, il voulu attirer l'attention de Mohammed Ali sur les dangers que couraient les monuments d'Égypte. Aussi, avant de repartir pour la France, il remit au vice-roi un mémoire préconisant l'établissement d'un service de conservation des antiquités.

Cette idée trouva un début de réalisation cinq ans plus tard quand, le 15 août 1835, Mohammed Ali fit publier au Journal officiel un texte significatif :

" Il arrive que des étrangers détruisent les édifices anciens, en retirent des pierres et autres objets travaillés et les exportent dans les pays étrangers.
Il est connu également que les Européens ont des édifices consacrés à l'entretien des objets d'antiquité ; les pierres couvertes de peinture et d'inscriptions et autres objets semblables y sont conservés avec soin et montrés aux habitants du pays ainsi qu'aux voyageurs qui désirent les voir et les connaître ; de pareils établissements donnent aux pays qui les possèdent une grande célébrité.
Ayant pris en considération ces faits, le gouvernement a jugé à propos de défendre l'exportation à l'étranger des objets d'antiquités qui se trouvent dans les édifices anciens de l'Égypte, et qui ont une si grande valeur, et de désigner dans la capitale même un endroit destiné à servir de dépôt aux objets trouvés ou à trouver par suite des fouilles. Il a jugé à propos de les exposer aux voyageurs qui visitent le pays, de défendre la destruction des édifices anciens qui se trouvent en Haute-Égypte et de veiller à leur entretien avec tout le soin possible".


Quelles que soient les motivations réelles de Mohammed Ali le résultat était là : un Service des Antiquités et un musée existaient au Caire Dans une annexe de l'École Civile.
Cependant les esprits n'étaient pas préparés pour que prospère un tel projet. Le musée se révéla vite n'être q'une sorte de réserve d'objets d'art dans laquelle le vice-roi puisait selon son bon vouloir pour être agréable à ses hôtes de marque. Et en 1855 Abbas-Pacha mit un terme à l'existence de ce premier Musée du Caire en abandonnant tout ce qui en restait à l'archiduc Maximilien d'Autriche qui visitait l'Égypte.


 Auguste Mariette

Auguste Mariette A partir de cette époque, l'histoire de ce qui allait devenir le musée actuel se confond, pendant un quart de siècle, avec celle de la vie et de l'oeuvre d'Auguste Mariette, dont la ténacité seule rendit tout possible.

D'abord fouilleur amateur dès 1850 à Saqqara il s'appuie sur les indications de Strabon et finit, malgré les vicissitudes, à pénétrer dans le Sérapéum le 12 novembre 1851. L'importance de la découverte lui permit d'obtenir de la Chambre le vote d'un crédit extraordinaire de trente mille francs pour continuer les fouilles. Il est nommé conservateur adjoint au département des Antiquités égyptiennes à son retrour en France en 1854. Mais malgré ses nouvelles fonctions il ne pense qu'à une chose : retourner en Égypte.

Le musée de Boulaq Vue intérieure du musée de Boulaq Fouilleur mais aussi fin diplomate Mariette est de retour au Caire en 1857. Il obtient le 1er juin 1858 d'être nommé directeur des Antiquités de l'Égypte. Il est chargé d'une part de dégager et de préserver les monu-ments, et d'autre part de rassembler les objets antiques pour constituer un nouveau musée. Il obtient l'autorisation de s'installer au bord du Nil, à Boulaq, dans les anciens bureaux de la Compagnie Fluviale. Dans ces locaux vétustes, ou il vivait avec sa famille, il aménage quatre premières salles d'exposition.
En 1863 les locaux sont agrandis en attendant d'avoir les fonds nécessaires à l'édification d'un grand musée digne de l'Égypte. En 1878 la crue du Nil fut exceptionnelle et dévasta presque complètement le musée qui fut surélevé.

L'espace réservé au sarcophage et à la statue de Mariette auguste Mariette En 1880 la santé de Mariette l'oblige à séjourner en France. Malgré l'avis des médecins il voulut repartir pour l'Égypte : ce fut pour y mourir le 18 janvier 1881, peu de temps après la réouverture du musée, dans les jardins duquel il fut enterré.
Son monument funéraire a suivi les collections lorsqu'elles furent transférées à Giza, puis à Qasr el-Nil. Le visiteur pourra en voir le sarcophage de marbre et la statue de bronze due à D. Puech, dans le jardin du musée à gauche de la façade.


 Giza

L'espace réservé au sarcophage et à la statue de Mariette En 1891, les collections furent transférées de Boulaq à Giza, dans une des anciennes résidences privées du khédive Ismaïl, à l'emplacement actuel du zoo et du jardin botanique : elles y restèrent jusqu'en 1902, date de leur installation dans le bâtiment actuel.





 Le musée égyptien du Caire

Le musée actuel, dont la première pierre fut posée par Abbas Hilmi II le 1er avril 1897, fut construit, après un concours international, sur les plan de l'architecte français Marcel Dourgnon.

Le plan du musée actuel Le plan du musée actuel Il comprend un sous-sol destiné aux réserves, deux niveaux d'exposition et un deuxième étage plus restreint qui n'est pas ouvert au public. Plus d'une centaine de salles se répartissent autour d'un atrium central. Au res-de-chaussée, qui abrite aussi les bureaux de la conservation et la bibliothèque, ont été rassemblés les monuments lourds (statues, sarcophages, stèles...) classés chronologiquement depuis l'entrée, dans le sens des aiguilles d'une montre. A l'étage, le reste des collections est présenté par types d'objets (papyrus, modèles du Moyen-Empire, bijoux, masques funéraires) ou par trouvaille (Toutânkhamon, Hétéphèrès, nécropole royale de Tanis, Hemaka...).

Tel qu'il est, le musée pose à l'heure actuelle un certain nombre de problèmes. Le plus évident est celui de son encombrement, et donc de la présentation des objets qui souffre de la trop grande richesse des collections ; bien des pièces, qu'on ne voit pas parce qu'elles sont reléguées dans la pénombre d'un haut de vitrine, feraient la joie d'un conservateur de musée en Europe ou en Amérique.

Ici, la difficulté n'est pas d'enrichir les collections (s'il lui est arrivé autrefois d'acheter des objets, le musée n'a plus de budget d'acquisition), mais de savoir où mettre les monuments que chaque fouille ne manque pas de mettre au jour : la découverte, toujours possible, d'un mobilier funéraire comparable à celui de Toutânkhamon, exigerait, pour l'exposer, un bouleversement des salles actuelles.

On parle depuis très longtemps de la construction d'un nouveau musée où ne seraient présentés, dans les meilleures conditions, que les chefs-d'oeuvre les plus remarquables, le musée actuel devenant un local de réserves et d'étude pour les spécialistes. Il semble que le coût d'une telle opération la rende impossible pour l'instant ; mais, avec le concours de la BIRD pour plusieurs millions de dollars et une partie des bénéfices réalisés par les expositions à l'étranger, on est sur le point de commencer des travaux de rénovation qui amélioreront le bâtiment actuel : il s'agit avant tout de climatiser les salles d'exposition, de réduire l'entassement des objets en utilisant les salles de réserves du rez-de-chaussée et de second étage comme salles de présentation, de mettre en valeur les monuments par des éclairages appropriés et, enfin, d'installer un système de protection contre le vol et l'incendie.

Le premier point de ce programme est vital pour certains monuments : depuis l'achèvement, en 1978, du pont du 6 octobre, le jardin du musée a été réduit, et les fenêtres ouvertes exposent les pièces aux vibrations du traffic intensifié autant qu'a l'air pollué de la grande station d'autobus de Midan el-Tahir, dont on préconise le transfert aileurs.

Parallèlement, la politique du Service des Antiquités tend à donner plus d'importance aux musées de province, dans lesquels Le Caire pourrait mettre des objets en dépôt. Louqsor a un musée ultra-moderne depuis 1975 ; Assouan en aura un, consacré aux antiquités nubiennes, dans quelques années, et d'autres ville comme Mellaoui, Zagazig ou Ismaïlia ont des collections dignes d'intérêt, sans parler évidemment du grand musée gréco-romain d'Alexandrie.


D'après J.P. Corteggiani : L'Égypte des pharaons au Musée du Caire - 1986

 Le projet d'un grand musée égyptien est lancé

Le gouvernement égyptien a lancé le 7 mai 2002 un concours international avec comme objet la création d'un grand musée égyptien qui sera bâti à proximité des pyramides de Guizeh. Ce concours est découpé en deux phases. A l'issue de la première phase, qui s'achèvera le 17 août 2002, le jury choisira vingt projets qui passeront la deuxième phase à partir de novembre 2002. C'est en juin 2003 que les gagnants seront désignés.

Plan du site du futur grand Musée Égyptien Le site officiel du projet le présente ainsi :
"le nouveau musée rendra hommage aux monuments, aux trésors et à l’Histoire de l’Ancienne Egypte. Le projet a pour but d’édifier un projet complexe dernier cri offrant des facilités et un accès à une large gamme d’informations. Le musée complexe sera pour tous ses visiteurs une expérience particulièrement agréable, éducative et culturelle.

L’Egypte, creuset de civilisation, d’art et de culture, offre son emplacement unique avoisinant les Pyramides de Guiza comme un lieu génial pour une telle stimulation culturelle et architecturale qui permet le dialogue avec le troisième Millénaire du monde et le Septième Millénaire de l’Egypte. Un lien fort et visuel entre l’emplacement du nouveau musée et les Pyramides elles-mêmes suggère des choix architecturaux qui assureront les assises d'une véritable coopération culturelle internationale.
"

Et sur le site de l'Union Internationale des Architectes on peut lire ceci :
"Le Musée sera installé sur un site de 50 ha, dans une zone archéologique prestigieuse, inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO : Memphis, sa nécropole et les grandes pyramides de Giza, avec lesquels le nouveau musée devra établir un dialogue formel significatif.

Le programme complexe d'éléments muséographiques et d'équipements devra offrir aux trois millions de visiteurs annuels attendus dès son ouverture, une vaste gamme de services et d'informations portant sur la totalité de la période pharaonique. Il devra être à la fois agréable, divertissant, éducatif et culturel, prendre en compte tous les publics, et plus spécialement des enfants.

Les technologies de l'information les plus performantes devront être mises en œuvre pour permettre la création d'archives et d'une base de données, et faire du nouveau musée, dès sa conception, le premier musée virtuel global, au sein d'une autoroute de la communication reliant les autres musées d'égyptologie du monde et leurs publics.

D'une superficie totale de 86 000 m2 couverts, le musée devra être d'une grande flexibilité et capable d'accueillir aussi bien des collections permanentes que des expositions temporaires avec une capacité de 15 000 visiteurs par jour.
"

Violà qui situe les enjeux d'une part et qui met l'eau à la bouche d'autre part. Cependant aucun calendrier des futurs travaux n'est publié.
Des nouvelles régulières sur ce site.





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