Située sur un plateau à l’ouest de Memphis, la nécropole de Saqqarah renferme, dans ses vestiges, toute la longue histoire de l’Égypte pharaonique. Tenant son nom de Sokar,
dieu des morts à tête de faucon, elle était non seulement la plus vaste nécropole d’Égypte (huit kilomètres de long sur deux de large), mais aussi la plus ancienne. Elle fut utilisée
presque sans discontinuité, depuis la première dynastie jusqu’à la période ptolémaïque.
La partie septentrionale compte non seulement dix-huit pyramides royales mais aussi, des centaines de mastabas, monuments funéraires des hauts fonctionnaires et des membres
de la famille royale. La partie méridionale compte, elle aussi, plusieurs pyramides et de nombreux mastabas datant le l’Ancien et du Moyen Empire.
Le complexe funéraire de Djéser
Le monument le plus célèbre de ce site est le complexe funéraire du roi Djéser (IIIe dynastie). Édifié vers 2.650 avant J.C., il est le plus ancien édifice égyptien construit
intégralement en pierres taillées. Toutes les constructions antérieures étaient réalisées principalement en briques crues et en matériaux non durables : la pierre n’était
employée que pour certains éléments architecturaux de tombes.
Conçu par Imhotep, vizir et architecte du roi, le complexe funéraire reproduit de manière symbolique le palais du souverain à Memphis. La vaste enceinte rectangulaire,
construite de murs à redans de dix mètres de haut, délimite une esplanade de quinze hectares (545 mètres du nord au sud et 277 mètres d’est en ouest). Bien que quatorze
portes soient aménagées dans le mur extérieur, une seule donne accès au monument (celle située à l’angle sud-est).
L’entrée débouche sur une allée bordée de quarante colonnes fasciculées ; elles sont les premières de ce type connues en Égypte. Elle servira d’ailleurs de modèle aux salles
hypostyles construites ultérieurement. Dans la cour se trouvent un autel de cérémonie ainsi que deux constructions dont la fonction n’est pas encore connue à ce jour.
Au nord de la grande cour se dresse la célèbre pyramide à degrés, première pyramide égyptienne considérée comme le plus grand monument de son époque. À l’origine,
un mastaba classique fut construit au-dessus d’un puits de 28 mètres de profondeur creusé dans la roche. Au fond de ce dernier, se trouvait la chambre funéraire hermétiquement
fermée par un bloc granitique de plus de 3 tonnes. Autour du caveau, plusieurs galeries avaient été creusées pour y contenir le matériel funéraire du souverain. C’est là qu’ont
été découverts de splendides faïences bleues (probablement les plus anciennes du monde) et environ quatre mille vases de pierre, dont certains portent les noms de rois
ayant précédé Djéser.
Le mastaba d’origine, mesurant 125 mètres sur 109 mètres à la base, fut modifié par la superposition de mastabas de tailles décroissantes, pour former une pyramide à six degrés
d’une hauteur de 62 mètres.
Près de l’entrée nord de la pyramide, s’élève le serdab, pièce entièrement fermée, percée de deux petites ouvertures sur le côté principal. Elle contenait une statue grandeur
nature du souverain. Réalisée en calcaire peint, elle figure le roi Djéser assis, enveloppé du manteau traditionnel de la fête sed. Elle est la première statue royale de l’Égypte
pharaonique. Celle d’origine se trouve actuellement au musée du Caire, mais une réplique a été placée dans le serdab.
Plusieurs autres édifices furent construits à l’intérieur du complexe pour assurer des fonctions symboliques et le culte funéraire du pharaon.
Juste au sud de cet édifice, se trouve la pyramide d’Ounas, dernier pharaon de la Ve dynastie, célèbre pour les inscriptions gravées sur les parois de la chambre funéraire.
Connus sous le nom de « Textes des Pyramides », ils sont les plus anciens écrits religieux du monde.
Saqqarah n’était pas seulement une nécropole pour les personnes importantes du royaume, mais ce fut aussi le lieu d’inhumation pour les animaux sacrés. Ainsi, le Serapeum,
vaste ensemble cultuel, était destiné à abriter les momies des taureaux de la forme divine Apis. Les fouilles ont également permis de retrouver un grand nombre d’autres animaux
momifiés tels que faucons, ibis, babouins et béliers qui symbolisaient eux aussi des aspects divins.
La nécropole comptait également un certain nombre de temples et chapelles destinés aux cultes funéraires, ainsi que diverses constructions réservées aux prêtres chargés d’assurer
le culte aux défunts.
Bien que ce site ait révélé de nombreuses pages de l’histoire de l’Égypte pharaonique, il réserve encore certainement d’importantes découvertes. Loin d’avoir été entièrement fouillé,
il restera ainsi le terrain de travail pour plusieurs générations d’archéologues.