La ville d’Abydos (Abdjou) se trouve à 170 km de Louxor, en direction du Nord. Le « chef-lieu de district » est Sohag.
Le site d’Abydos comprend plusieurs monuments, répartis sur une vaste étendue : Le temple de Sethi I et son cénotaphe connu sous le nom d’Osireion, le temple de Ramsès II, des nécropoles royales de toutes les principales périodes (dont celle de rois thinites à Oumm el-Ga’âb), les vestiges très peu reconnaissables du temple d’Osiris.
Religion : La légende d’Osiris
Abydos a une place importante dans l’histoire religieuse egyptienne. A l’origine, son dieu local était Khentamentiou, "chef des occidentaux" ou "patron des trépassés". Il fut rapidement supplanté par le dieu Osiris, venu du delta (de Busiris).
Plusieurs légendes rapportent qu’Osiris était un roi bon, ayant appris l’agriculture aux hommes. Jaloux, son frère Seth le tua, le découpa en plusieurs morceaux (le nombre varie suivant les sources) qu’il jeta dans le Nil. Isis rechercha patiemment ces morceaux dispersés dans toute l’Egypte, reconstitua le cadavre de son époux, le momifia et réussit à lui rendre (partiellement ?) la vie, afin d’être fécondée et de donner naissance à Horus, fils posthume d’Osiris. Plus tard, Horus vengea son père son triomphant de son oncle Seth. Il récupéra ainsi le trone d’Egypte. Osiris, lui, devint le dieu des morts, le maitre de ce que nous appelons l’enfer et le paradis.
Cette légende jette les bases de plusieurs concepts fondamentaux de la religion et de la politique egyptienne :
- La "résurrection" après la mort.
- Le rôle éminent du principe féminin (Isis) dans la "résurrection": Le sang royal se transmet par les femmes.
- Le pouvoir royal hérité par le fils du roi (Horus fils d'Osiris).
- Le désordre (Seth) comme mal nécessaire pour aboutir à l'ordre (la royauté, d'Horus puis des pharaons).
- La momification.
Religion : Cultes
Le rôle préeminent d’Abydos est du au "morceau" qu’Isis y retrouva : La tête.
Une grande fête célébrait chaque année le retour à la vie du dieu. On y mimait son meurtre et la lutte des partisans d’Horus et Seth : Peut-être les premières représentations théatrales au monde ?
Pour mériter les grâces du maitre de l’au-delà, chacun souhaitait faire, de son vivant, un pèlerinage au sanctuaire d’Osiris à Abydos. Si ce vœu n’avait pu se réaliser, il restait encore la possibilité d’effectuer ce voyage après la mort, avant d’être conduit au tombeau. Ce voyage posthume (réel ou fictif) était souvent représenté dans les tombes.
Les scènes visibles dans les 7 sanctuaires du temple de Sethi Ier détaillent le rituel effectué devant chaque dieu. Elles sont donc d’une importance capitale pour la compréhension du culte journalier au nouvel empire. Des détails sont donnés dans le texte d'accompagnement de chaque photo.
Le temple de Sethi Ier
Le temple de Séthi Ier est édifié sur l'"escalier du grand dieu", voie processionnelle monumentale menant du temple d'Osiris au tombeau du dieu. Il présente une forme particulière en L. Construit en calcaire fin, ses bas-reliefs font partie des plus beaux d’Egypte. Il a été décidé et partiellement construit par Sethi I, puis fini par Ramses II. En avant du temple, Sethi a fait construire une chapelle commémorative pour son père Ramsès Ier. Comme à Gournah, il associe ainsi son père, qui a rêgné trop peu de temps pour construire ses propres monuments, au culte qui lui est rendu.
Les pylônes et portiques sont en grande partie détruits. La première salle hypostyle se présente donc maintenant comme l’entrée du temple. Elle a été décorée par Ramses II. Elle présentait originellement 7 portes, dont 4 ont été murées par le même Ramses. Ces 7 portes déterminent 7 travées qui se poursuivent dans une seconde salle hypostyle (construite et décorée par Sethi) et aboutissent à 7 sanctuaires. Chaque sanctuaire est dédié à un dieu différent, de gauche à droite : Séthi Ier divinisé, Ptah, Rê-Harmakhis, Amon-Rê, Osiris, Isis et Horus. Sur les murs qui bordent chaque sanctuaire (à gauche, à droite et au-dessus), se trouvent des scènes représentant le roi avec des divinités. Ces divinités ont un lien (une parenté via une triade) avec le grand dieu à qui est consacré le-dit sanctuaire.
Amon, le dieu principal du nouvel empire, est honoré puisqu’il occupe le sanctuaire du milieu, le seul auquel on accède par une rampe. Chaque chapelle donne accès fictivement, par une fausse-porte, à un cénotaphe ménagé en contrebas dans le désert. Une exception, Osiris est lui aussi honoré, son sanctuaire donne accès au "complexe d’Osiris". Occupant toute la largeur du temple, ce complexe comprend deux salles et deux ensembles de trois chapelles, aux extrémités, consacrées à la triade Osiris, Isis et Horus. Dans la deuxième salle hypostyle s'ouvrent deux portes. L'une d'elle donne accès à une salle à colonnes et à deux chapelles dédiées à Nefertoum et Ptah-Sokar. La deuxième donne accès à une enfilade de couloirs et salles inachevées où est sculptée (entre autres) la liste royale d'Abydos.
Une remarquable visite guidée sur le site de la Fondation J.-E. Berger (voir les liens).
Curiosités
L'élément le plus étrange est une salle à deux piliers sans aucun moyen d'accès, à l’extrêmité nord-ouest du temple.
On peut aussi trouver d’interessantes discussions ésotériques sur le web à-propos de hiéroglyphes en forme d’hélicoptère (ndw : par ex. ici), de char et d’avion. L’explication la plus plausible est une érosion de la surface de la pierre et une retouche de certains hiéroglyphes par un roi (ici Ramsès II) pour se réapproprier le travail d’un autre (Sethi I). Des morceaux des anciens et des nouveaux hiéroglyphes se chevauchent et peuvent alors former d'étranges signes. Cette retouche est appelée "palimpseste".
Un peu de tourisme
Le site d'Abydos, situé dans la partie nord de la Haute-Egypte (donc proche de la Moyenne Egypte), est considéré comme "à risque" vis-à-vis des fondamentalistes religieux.
Il est donc déconseillé par certains guides et offices touristiques.
La visite s'effectue sous haute protection policière : Il ne faut pas être allergique aux fusils mitrailleurs, y compris à l'intérieur du temple.
Le moyen le plus simple pour se rendre à Abydos est de partir de Louxor. Prévoir la journée, les déplacements s'effectuent en convois, eux-aussi sous haute protection. 1 convoi de Louxor à Qena (près du temple de Dendera), 1 convoi de Qena à Abydos, via Sohag. Visite éclair (1 heure et demie) puis 2 convois successifs au retour.
D'après des "on dit", bien que de nombreuses agences la proposent, l'excursion combinée à Dendera et Abydos la même journée ne semble pas judicieuse, les horaires des convois risquant de transformer une des 2 visites en "stop and go".