La ville d’Assouan, l‘ancienne Syène, se trouve à 886 kilomètres au sud du Caire sur la rive orientale du Nil. Dans l’antiquité, cette cité marquait la
frontière méridionale de l’Égypte avec la Nubie. Ici, le Nil tourbillonne impétueusement en s’engouffrant dans les rochers de la première cataracte, chaos
granitique au travers du fleuve. Au nord d’Assouan, il reprendra son cours, calme et majestueux, dans toute la vallée jusqu’au delta.
Assouan et ses environs
Depuis le IIIe millénaire avant notre ère, la ville était un centre commercial important avec la Nubie, qui fournissait à l’Égypte, non seulement de l’or, mais aussi les
meilleurs soldats et tous les produits précieux en provenance du cœur de l’Afrique : bois exotiques, ivoire, épices, plumes d’autruches et peaux de léopards.
Son nom actuel vient d’ailleurs de l’ancien égyptien Sounou qui signifiait "commerce, marché".
Assouan était aussi reconnu pour la qualité de sa syénite (granit rose)
qui était largement utilisée pour la construction de statues, d’obélisques et de monuments. On peut d’ailleurs toujours admirer aujourd’hui dans la carrière nord, un
gigantesque obélisque inachevé datant du Nouvel Empire. Il ne fut jamais entièrement détaché de la roche, car il s’était fissuré en plusieurs endroits. Terminé, il aurait
eu une hauteur de 42 mètres et un poids de 1.197 tonnes ! Les carrières de granit étaient encore en activité à l’époque romaine.
La plus grande des îles d’Assouan est
celle d’Éléphantine, l’antique Abou, qui abritait une forteresse et un complexe religieux consacré au dieu criocéphale Khnoum. À la pointe sud de l’île se trouvait un nilomètre
qui permettait d’évaluer le niveau des crues annuelles du Nil. On y trouvait également un puit, dont les parois étaient illuminées par les rayons du soleil, seulement au
solstice d’été. En 230 av. J.-C., le mathématicien et géographe grec Ératosthène le prit donc comme point de référence et, en comparant avec les mesures prises à Alexandrie,
il réussit alors à mesurer la circonférence terrestre.
En face d’Éléphantine se trouve la magnifique île de Lord Kitchener, ancien consul britannique, qui l’avait aménagée en un
jardin tropical. On y trouve toujours une très belle collection de plantes africaines et asiatiques.
Sur la rive occidentale d’Assouan, la colline aujourd’hui nommée Tabet el-Haua
(la « cime des vents »), abrite une nécropole formée d’une quarantaine de tombes hypogées datant du Moyen Empire qui, pour la plupart, sont agrémentées de petits temples
funéraires. Malheureusement, nombreuses de ses sépultures furent détruites ou incendiées par les Coptes qui construisirent un monastère fortifié au sommet de la colline.
Ce dernier fut à son tour détruit par les armées de Saladin.
C’est aussi sur cette rive que fut érigé, en 1957, le mausolée d’Aga Khan, imam de la secte des ismaéliens
(musulmans Sunnites). Il fut séduit par la beauté du site et son climat exceptionnel, et décida donc, de terminer ses jours et de construire ici son « monument d’Éternité ».
Les barrages d'Assouan
On ne peut évoquer Assouan sans mentionner les barrages, monuments contemporains érigés pour sauver l’Égypte de la faim. Un premier barrage fut construit en 1902
et rehaussé en 1936. Celui-ci n’étant pas suffisant, un second barrage fut construit dès 1960 avec l’aide de l’U.R.S.S. Après onze ans de travaux « pharaoniques », fut inauguré
le plus grand barrage du monde, le Sadd el-Âli : 110 mètres de haut, 3.600 mètres de long et 40 mètres d’épaisseur.
Cette immense digue artificielle forma un des plus grands
lacs de retenue du globe, le lac Nasser, long de 480 kilomètres et contenant un volume de 557 milliards de mètres cubes d’eau.
Cet édifice impressionnant a résolu une bonne
partie des problèmes de l’économie égyptienne ; non seulement on augmentait la superficie cultivable grâce à un vaste programme d’irrigation, mais on intensifiait aussi
l’industrialisation tout en réalisant un accroissement sensible de la production d’électricité.
Ces travaux de modernisation condamnaient irrémédiablement tous les monuments,
d’une valeur historique et artistique inestimable qui se trouvaient sur le territoire recouvert par les eaux du lac. En 1960, grâce aux cris d’alarme lancés par de nombreux
égyptologues dont Madame Christiane Desroches Noblecourt fut la porte-parole, le Directeur général de l’UNESCO, lançait un appel solennel à la communauté internationale
pour la sauvegarde des monuments de la Nubie. Vingt ans plus tard, la vaste opération du sauvetage de ces temples inscrits au patrimoine culturel mondial était terminée.
La majorité des sanctuaires ont ainsi été déplacés et les sites engloutis ont été minutieusement étudiés.
Un des aspects négatifs de ce barrage est la réduction considérable du
flux d'alluvions, obligeant les paysans d’aujourd’hui à une fertilisation artificielle des cultures.
L’Égypte actuelle a donc su relever les défis importants de son temps, tout en
conservant une grande partie du patrimoine historique laissé par l’antique civilisation.