Sur la rive orientale du Nil, au centre de l’antique Thèbes, se dressent les ruines de l’un des plus grands ensembles d‘édifices religieux de l’histoire de
l’humanité : les temples de Karnak. Plusieurs kilomètres d’enceintes de briques crues enfermaient un site de plus de 130 ha, bâti d’édifices sacrés
dédiés aux divinités principales de Thèbes : Amon-Rê, la déesse Mout et le dieu-enfant Khonsou, membres de la triade divine, ainsi que le dieu guerrier
Montou. Le mot Karnak vient de l’arabe al-Karnak, expression signifiant "le village fortifié", mais dans l’antiquité, on l’appelait Ipet Sout, qui peut se
traduire par "Celle qui recense les Places".
Un peu d'histoire
Les premiers vestiges importants datent du Moyen Empire, car à partir de la XIIe dynastie, Thèbes s’impose alors comme capitale.
C’est ainsi que le dieu Amon, jusqu’alors vénéré localement, devint tout à coup le dieu dynastique principal. Sésostris Ier amorcera ainsi la construction de plusieurs
édifices religieux dédiés à Amon. Karnak deviendra alors un vaste chantier de construction presque permanent car, pendant plus 2.000 ans, presque tous
les pharaons qui suivirent y firent construire un ou plusieurs monuments.
C’est au Nouvel Empire que ce site connaîtra son véritable âge d’or. Les pharaons vont exprimer leur dévotion au dieu principal en y apportant des quantités
considérables de richesses venues de tous les territoires sur lesquels l’Égypte étendait son influence. Ils contribueront ainsi à l’embellissement et à la fortune
de Karnak, qui deviendra alors, le plus grandiose complexe religieux de toute l’antiquité. Dès lors, la puissance du clergé d’Amon devint considérable, à un tel
point que ce pouvoir se transformera vite en un État dans l’État. Cette surpuissance obligera les pharaons à prendre quelque distance avec les autorités religieuses.
Les grands-prêtres d’Amon garderont encore longtemps une influence prépondérante sur la monarchie pharaonique.
Lorsque Thèbes perdra son statut de capitale dynastique, elle restera encore le cœur spirituel de l’Égypte, et pour tout Égyptien, le foyer des croyances
traditionnelles et un symbole culturel. Finalement, ce n’est qu’en 391 de notre ère, qu’un décret de Théodose, fit fermer les derniers centres de culte.
Débute alors le démantèlement des édifices qui serviront de carrière de pierre jusqu’en 1857, date à laquelle l’archéologue français Auguste Mariette organisa le
sauvetage de ce fabuleux patrimoine architectural.
L'architecture du site
Au point de vue architectural, Karnak comportait trois grandes enceintes : celle de Montou au nord, celle d’Amon-Rê au centre et celle de Mout au sud. Chacune
d’elles renfermait des temples, des chapelles et des sanctuaires qui occupaient plusieurs milliers de prêtres et de serviteurs, mais aussi des ouvriers et des
paysans pour assurer le bon fonctionnement des nombreux ateliers et des domaines agricoles rattachés aux temples de Thèbes.
Orientés selon deux axes orthogonaux, les sanctuaires de Karnak reflètent la conception fondamentale que les Égyptiens se faisaient de l’ordre du monde :
l’axe nord-sud, axe terrestre qui correspond au cours du Nil, et l’axe est-ouest, axe céleste qui répond à la course quotidienne du soleil, second principe
vivificateur de la terre d’Égypte.