Ière partie : l'époque antique



La civilisation nubienne fut pendant très longtemps intégrée à la civilisation égyptienne, mais les fouilles ont mis à jour des centres de plusieurs cultures, définies par l’archéologue G.A. Reisner. Berceau de plusieurs royaumes (Kerma, Napata et Méroé), la Nubie fut longtemps un centre d'intérêt pour l'Égypte antique de par :
  • ses ressources minières : diorite, améthyste, cuivre, argent et or (du Wadi Allaki essentiellement). C'est d'ailleurs de ce dernier métal, "aussi abondant que la poussière des chemins", que cette contrée tire son nom : Noub (en égyptien : or). L'or "le feu solidifié" ou "la chair des Dieux", conféra à cette région une aura magique et énigmatique.

  • ses produits rares et luxueux tant convoités par les pharaons : ivoire, ébène, peaux de panthère, plumes d'autruches...

  • ses hommes connus pour leur habileté à manier l'arc. Ils seront par ailleurs, au Moyen Empire, enrôlés dans l'armée de métier.
Ces richesses, fort utiles au peuple égyptien de l’Antiquité, entraîneront les pharaons à mettre en place, dès le Moyen Empire, une politique visant à coloniser ces contrées pour en tirer le meilleur profit. L'histoire de la Nubie est donc jalonnée d'étapes de conquêtes et d'indépendance, étapes que l'on ne peut dissocier de l'évolution de la Vallée du Nil.

Ces politiques d’expansion et de conquêtes territoriales, menées par les rois conquérants incluent obligatoirement un programme architectural, obéissant à des motifs politico-religieux. Une cataracte franchie ? Et c’est immédiatement dans le même temps la construction d’une forteresse, d’une ville fortifiée, d’une colonie…et celle d’un temple, « Maison du Dieu » conquérant, accroissant son influence sur le monde grâce à l’action de son fils : le roi.

C’est ainsi, que de la XIIè D. (avec Sesnousret I et essentiellement Sesnousret III) jusqu’au Nouvel Empire (où les Thoutmosis, les Amenhotep et Ramessides accorderont, au nom d’Amon, une place majeure à leur politique extérieure), la Nubie conquise et matée se couvre, certes, de forteresses, de comptoirs commerciaux, mais aussi de nouveaux lieux de cultes pour les divinités égyptiennes, hébergeant ces Temples des Millions d’Années, sacralisant sur ses rives la puissance égyptienne militaire et religieuse.

On peut citer Ouadi-es-Seboua dédié à Amon-Nil, Amada, et Derr dédiés à Amon-Rê et Rê-Horackhty, construits par Ramsès II).


Ouadi-es-Seboua Amada Derr


Plus tard, les Ptolémées marqueront la Basse Nubie de leur passage en érigeant, selon les même bases idéologiques qui définissent la civilisation égyptienne au cours de ces trois millénaires, des temples tels Maharraqa ou Kalabsha.


Maharraqa Kalabsha


La disparition du dernier pharaon indigène (Nectanébo II en 343 avant j.-c.), puis la christianisation de la région au premier siècle de notre ère, auront pour conséquence l’abandon ou la réutilisation de ces sites et de ces temples.



PEUPLE D’HIER

Comme l’écrit Fréderique Fogel dans son doctorat Mémoires du Nil, "l’identité nubienne est plurielle, construite sur une série d’identifications (avec les pharaons, les Arabes), et d’oppositions (par rapport aux Africains, aux Egyptiens, et aux autres Nubiens)".

Le terme Nubie s’applique soit à une ethnie, soit à une région bien locale, selon des repères historiques.

Quant à la Nubie linguistique, plusieurs populations ont occupé des régions, pour ensuite migrer et se confondre à d’autres cultures nilotiques. On peut affirmer cependant que quatre groupes parlaient « nubien » en ancienne Nubie : Danagla et Mahas au Soudan et Fadidja et Kenzi, en Egypte. La classification linguistique fait encore l’objet d’études comparatives . La dernière analyse, celle de Ehret, propose de regrouper les langues Nobiin, Dongolawi et Kabero-Diling sous l’appellation « nubien » et les autres dialectes sous le « soudanais ». On distingue ainsi le nubien du Nil et le nubien des montagnes.

Et si l’on tient compte du manque de vestiges et d’une méconnaissance de la langue originelle, il n’est donc pas facile d’établir définitivement un peuple avec sa langue, sa frontière, ses critères socio-culturels, historiques et politiques.

Ce que l’on peut affirmer aujourd’hui, et de façon assez schématique toutefois, est que la Nubie antique fut composée à l’origine de tribus vivant de chasse, pêche et cueillette. Découvrant ensuite l’agriculture et l’élevage, les populations se caractérisent par des mouvements migratoires liés aux pluies et crues du fleuve (selon Leclant dans son ouvrage "Midant-Reynes").

En tant qu’objet politique, la Nubie fut ensuite en proie aux conquêtes et invasions égyptiennes, obligeant là encore les ethnies à migrer selon les différents critères historiques qu’il serait trop long ici d’analyser. Certains affirment alors que la Nubie n’existe que "vue de l’Egypte" ou "vue du Soudan". Les dernières découvertes de gisements tentent à prouver qu’elle avait quand même une autonomie que l’Egyptologie se doit de prendre en compte désormais (sans oublier pour autant que les premiers nubiologues se sont appuyés sur l’Egyptologie afin de combler les lacunes). Vers le Moyen-Empire, la baisse du cours d’eau en "Basse Nubie" aurait été la cause d’un déplacement de populations vers Dongola et Kerma, mais rien n’est prouvé. Les nubiologues s’unissent toutefois pour affirmer que les populations n’étaient pas sédentaires.

La domination romaine (II s. de notre ère) apporta toutefois un profond changement technologique : l’introduction d’un outil inventé par les Perses, la saqia, qui sera alors le premier système d’irrigation indépendant du fleuve. Vivant en communauté, les nubiens partagent cette forme de noria (véritable outil pilier de l’agriculture nubienne, outil qui deviendra par ailleurs leur symbole) et les récoltes de palmiers-dattiers.

Tantôt dominés par les Égyptiens, tantôt par les Gréco-romains, tantôt par les Arabes, les Nubiens n’ont malgré tout jamais perdu leur identité.



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