Carte cliquable Depuis 1980, l’opération de sauvegarde des monuments de la Nubie est achevée. Certains temples et sanctuaires
situés entre le Haut Barrage d’Assouan et le site d’Abou Simbel ont été sélectionnés pour être sauvés de l’engloutissement.
Ils ont ainsi été rassemblés en quatre sites le long du lac Nasser (voir la carte) où ils peuvent désormais être visités :
- À proximité du Haut Barrage : le temple de Kalabsha, le kiosque de Kertassi et
l’hémi-spéos de Beït el-Ouali.
- À environ 150 km au sud du Haut Barrage : les temples de Dakka, le sanctuaire de Maharraka
et le grand temple de Ouadi es-Séboua.
- Plus au sud encore, à 180 km du Haut Barrage, le troisième site comprenant le petit temple d’Amada,
l’hémi-spéos de Derr et la tombe rupestre de Pennout.
- Enfin, le site le plus célèbre de Nubie qui abrite les deux temples rupestres d’Abou Simbel.
Kalabsha
Le kiosque de Kertassi
À l’origine, un petit temple dédié à la déesse Hathor était érigé à Kertassi, à près de 30 km au sud d'Assouan.
Construit à la fin de l'époque ptolémaïque ou romaine, il ne reste malheureusement plus que le petit kiosque,
visible actuellement sur le site de la Nouvelle Kalabsha. Étant en assez mauvais état de conservation, il nous
laisse cependant encore contempler six colonnes, deux sont de type hathorique, tandis les quatre autres possèdent
des chapiteaux en « fleur de lotus ».
Kalabsha : le sanctuaire de Mandoulis
Construit à l’origine à environ 50 km au sud d'Assouan, sur le site de Kalabsha, cet important temple était dédié
à Mandoulis (divinité nubienne aux multiples aspects).
Édifié à la fin de la période ptolémaïque, il sera complété sous la domination romaine. On y observe également
des inscriptions datant de l’époque de la christianisation de la Nubie. Il est de dimensions relativement importantes
(71 mètres de long sur 35 mètres de large), ce qui en fait le deuxième plus grand temple de Nubie, juste après Abou Simbel.
C’est la république fédérale d’Allemagne qui fut responsable du démontage et la réédification du temple à quelques
kilomètres au sud du Haut Barrage d’Assouan.
Le temple semi-rupestre de Beït el-Ouali
Ce petit temple se trouvait à l’origine à Beït el-Ouali, à près de 50 km au sud d'Assouan. Déplacé à cause du Grand
Barrage, il a été réédifié sur le nouveau site de Kalabsha.
Ce temple semi-rupestre (hémi-spéos) date de la jeunesse de Ramsès II (époque de la corégence avec Séthi Ier).
Il s’agit du premier monument consacré à la Nubie par ce souverain.
Dédié principalement au dieu Amon, les reliefs de la cour en plein air illustrent les combats menés par le souverain
contre les ennemis traditionnels de l’Égypte : les Nubiens sur la paroi sud, les Libyens, les Asiatiques et les Syriens
sur la paroi nord.
Ouadi es-Séboua
Dakka : l’accueil de la Lointaine
Le temple de Dakka était érigé à l'origine, sur la rive occidentale du Nil, face à la forteresse de Baki.
La région tirait son importance des pistes caravanières qui amenaient l'or aux pharaons.
Ce temple était dédié au dieu Thot de Pnoubs, ainsi qu'aux déesses Isis et Hathor. C’était le lieu où l’inondation
entrait dans la région contrôlée par les pharaons. Aussi la façade du temple de Dakka était exceptionnellement
orientée vers le nord (l’Égypte) afin d’accueillir la barque sacrée ramenant la « Lointaine ». Le temple se trouve
actuellement sur le site de es-Séboua à environ 150 km au sud du Grand Barrage.
Maharraka : le temple inachevé
Temple inachevé datant de l’époque ptolémaïque.
Dédié à Isis et à Sérapis, il fut édifié à la frontière sud de l’Égypte à l’époque romaine.
Ouadi es-Séboua : la vallée des lionnes
Ce temple, dont les travaux de construction furent confiés à Sétaou, Vice-Roi de Nubie sous le règne du pharaon
Ramsès II, est visible actuellement à 4 km à l'ouest de son site d’origine, soit à 150 km environ au sud du Grand Barrage.
Cet hémi-spéos (petit temple dont la partie antérieure est construite et la partie postérieure est creusée dans le roc) nommé
"Ramsès aimé d’Amon dans la Maison d’Amon" était consacré au dieu Amon-Rê.
Il était composé de trois parties distinctes :
deux cours à ciel ouvert agrémentées de sphinx ;
une grande cour intérieure bordée de piliers osiriaques ;
le spéos proprement dit comprenant un vestibule à piliers (hypostyle), une antichambre à pièces latérales et le sanctuaire
(saint-des-saints) formé d’une chapelle centrale flanquée de deux annexes plus petites.
Le dromos du temple comprenait le plus grand groupement de sphinx présents en Nubie. Ils sont d’ailleurs à l’origine du nom actuel,
car Ouadi es-Séboua signifie la "vallée des lionnes". Les sphinx hiéracocéphales situés au-delà du deuxième pylône, évoquent les
différentes formes d’Horus vénérées en Nubie : l’Horus de Miam, l’Horus de Baki, l’Horus de Meha et celui d’Edfou.
Dans la grande cour se dressent dix piliers osiriaques qui représent le pharaon sortant des ténèbres et apparaissant sous une forme
solaire. Sur les murs sont gravées des scènes évoquant le souverain déifié, en compagnie des acteurs du retour de la "Lointaine" vers
la terre d’Égypte. On y retrouve aussi des représentations de tous les enfants royaux de Ramsès II, une centaine en tout !
Amada
Amada : le temple des trois pharaons
Le temple d’Amada est le seul monument datant de la XVIIIe dynastie qui subsiste encore actuellement en Nubie.
Sa partie antérieure, composée du sanctuaire et de deux salles annexes, fut érigée par Thoutmosis III et par Aménophis II.
Thoutmosis IV, quant à lui, compléta l’édifice en fermant la cour d’entrée et en y ajoutant des piliers. Le temple sera restauré
sous la XIXe dynastie, car comme la plupart des édifices religieux, il avait subi des déprédations suite à l’épisode amarnien d’Akhénaton.
Ce lieu de culte, dédié à Amon-Rê et à Rê Horakhty, conserve encore une grande partie de la polychromie de ses décors !
Contrairement à tous les autres temples bâtis sur la rive occidentale du Nil, rituellement orientés sur un axe est-ouest, le temple
d’Amada, tout comme celui de Dakka et de Philae, faisait exception à cette règle. Il était orienté vers le sud géographique, vers
la venue du flot nourricier.
Érigé à environ 180 km au sud du Grand Barrage, il n’a été déplacé que de 2,8 km de son site d’origine. La France a subventionné
le sauvetage délicat de ce monument. En raison de l’extrême fragilité des reliefs stuqués peints qui tapissaient les murs du sanctuaire,
un démontage "classique" n’était pas envisageable. Il fut décidé de déplacer le temple d’un seul bloc. La roche sous l’édifice a été
délicatement retirée et remplacée par du béton armé. Un ingénieux système de coffrage maintenait la structure du bâtiment durant
le déplacement, qui s‘effectua sur un assemblage de rails. Le 26 mars 1965, le temple arriva sur ses fondations définitives, quarante
mètres plus haut que son emplacement d’origine !
Derr : le premier Jubilé de Ramsès
Situé sur la rive orientale du Nil, à environ 100 km au nord-est d’Abou Simbel, l’hémi-spéos de Derr fut érigé par Sétaou,
Vice-Roi de Nubie, pour son souverain Ramsès II.
Ce petit temple, appelé le « Temple de Ramsès aimé d’Amon dans la Maison de Rê », était dédié principalement à Rê-Horakthy
mais également à la forme solaire déifiée de Ramsès II. La composition du plan était assez similaire à celle d’Abou Simbel,
exception faite des colosses ornant l’entrée du temple.
Il devait servir de reposoir pour la barque sacrée durant la descente du Nil et fut édifié pour la célébration du premier jubilé
trentenaire du pharaon. On peut d’ailleurs toujours y observer, sur une des parois à l’intérieur du sanctuaire, une scène
représentant la déesse Séshat (Séfekhètâbouy) offrant au roi le signe de la fête jubilaire : la haute tige des « Millions d’années ».
Le site de Kasr Ibrîm
Kasr Ibrîm : la forteresse engloutie
Le site de Kasr Ibrîm se trouve à 60 km au nord d’Abou Simbel et à 235 km d'Assouan.
Il abritait une forteresse érigée à la fin du Nouvel Empire. Elle fut reprise par les Romains, les Nubiens et demeura en usage
jusque sous les Mamelouks (XIXe siècle de notre ère).
Au VIIIe siècle, les Coptes édifièrent une cathédrale au sommet de la plus haute colline du site. Le lac Nasser a désormais
englouti la forteresse ainsi que les nombreux vestiges de l’histoire de la région ; seules sont encore visibles aujourd’hui, les
ruines de la cathédrale et quelques murs provenant de constructions voisines.